Brit Pulp
Cahier n°2
Brit Pulp

La britpop selon Pulp de Thatcher à Blair

par Jean-Marie Pottier
illustration de Hervé Bourhis

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Livre d'Or

Beatles ou Rolling Stones ? Clash ou Sex Pistols ? Blur ou Oasis ? Régulièrement, la pop anglaise, relayée par une presse complice, renvoie dos à dos deux de ses plus illustres représentants dans un combat plus ou moins factice fondé sur des arguments et valeurs artificiels : gendres idéaux contre vilains garnements, mélodie contre hargne, engagement contre nihilisme, sophistication contre authenticité... Pendant ce temps, autour du ring, des groupes moins contraints par ce marketing manichéen trempent avec discernement leur plume dans la bière des pubs de l’Albion et dans l’encre des tabloïds et autres quotidiens populaires, pour en tirer un portrait sans fard de la société britannique, au risque de ne susciter de véritable intérêt qu’à l’intérieur de leur île : les Kinks de Ray Davies dans les années soixante, les Jam de Paul Weller durant la vague punk des seventies ou Pulp sous l’ère britpop. De 1978 à 2002, le groupe de Jarvis Cocker aura ainsi traversé de nombreuses modes et époques avec la même exigence dans son écriture de même qu’un grand sens de la théâtralité. Après être resté dans l’ombre plus d’une décennie dans sa ville de Sheffield, il finit par accéder à la célébrité dans le sillage de jeunes groupes nés, eux, au bon endroit et au bon moment tels que Suede, Blur ou Oasis. Puis il explose au printemps 1995 avec la chanson Common People, récit de la fascination malsaine dont sont l’objet les classes populaires anglaises et tube définitif coincé entre la fin des années Thatcher et le début des années Blair, qu’il accompagnera jusqu’à leur déclin. Tour à tour récit biographique, chronique historique et analyse musicale, Brit Pulp – La britpop selon Pulp, de Thatcher à Blair montre des artistes s’habillant dans le drapeau national, des popstars croisant un Premier ministre ou le « King of pop » être humilié en public. À travers les yeux et l’œuvre de Jarvis Cocker, songwriter talentueux et star improbable, ce livre dissèque vingt-cinq années de la pop de Sa Gracieuse Majesté, ses gros titres et ses marges, sa politique et ses polémiques, ses génies et ses groupies. Un voyage pulpitant au cœur de la fameuse britpop !

Passionné par la civilisation et la culture anglo-saxonne, Jean-Marie Pottier est journaliste spécialisé dans l’actualité économique et politique. Mais il écrit aussi sur le rock, pour les magazines Sofa et SoFoot ou sur le blog musical Interprétations Diverses. C’est donc avec un œil à la fois musical, culturel, social et politique qu’il s’intéresse au rock indépendant des années 1980-2000, et particulièrement à la britpop et au groupe Pulp, dont il est un fervent admirateur.

192 pages - paru le 13 mars 2009

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Le Mot de l'Auteur


"Ce que j'aime dans la pop, c'est que ce n’est pas que de la musique. Incapable de lire une partition ou de jouer d’un instrument, je la trouve bien sûr dans les disques, mais je la vois aussi ailleurs : dans une réplique de film, dans une phrase de livre, dans un dribble de footballeur...
Ce que j’aime dans le rock britannique, c'est y trouver régulièrement la cristallisation de toutes ces choses (films, livres, sport) autour d’un point commun, une tendance sociale.
Ce que j’aime dans la britpop, ce ne sont pas ses mérites artistiques propres (ses groupes essentiels se comptent à peine sur les doigts des deux mains, soit beaucoup moins que ceux de la pop sixties ou des années 76-82), mais justement la façon qu'elle a eue, une poignée d’années durant, de cristalliser un monde. Et aussi, bien sûr, ces quelques singles de trois minutes captés au vol à treize ou quatorze ans, avant d’explorer les disques plus sérieusement... Comme ce "Common People", par exemple, qui m'a fait aimer Pulp doublement. D'abord pour ses textes tour à tour drôles et acerbes et sa musique enthousiasmante. Puis pour le fascinant plan de (non-)carrière caché derrière ce single triomphal, loin des canons du genre qu’ont établis les Sex Pistols (formation/ explosion/ implosion) ou les Rolling Stones (formation/ explosion/ gestion). On enrage toujours un peu de voir dans l’esprit du public un ou deux mastodontes écraser un genre (en l'occurence Oasis et Blur), alors qu’il y a de supposés outsiders (dans tous les sens que ce terme a en anglais) qui valent mieux que les favoris : c'est de l'envie de combler cette frustration qu'est né ce livre, dans lequel j'ai essayé de peindre le portrait en pied d'un grand groupe et d'un immense songwriter, dont le parcours offre cette leçon essentielle : même dans un genre aussi formaté que la pop music, la classe artistique, le fait d'appartenir à une "different class", finit toujours par payer.

Jean-Marie Pottier

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Revue de presse
de "Brit Pulp"

  

 


(mars 2010)


Par un triste hasard, c’est quelques mois seulement avant la dissolution d’Oasis qu’est paru le premier ouvrage en français consacré à la britpop. Une façon d’enfoncer le clou dans le cercueil de cette scène dont la brièveté et l’enthousiasme délirant qu’elle a soulevé compliquent son évaluation. ‘Brit Pulp’ en retrace les étapes à travers la carrière d’un groupe, Pulp, auteur avec ‘Common People’ d’un des classiques de l’époque. L’idée est excellente : Jarvis Cocker et sa bande ne collant qu’à moitié à l’étiquette ‘britpop’ (leur formation remonte à 1978 !), elle offre un peu de recul à l’analyse. Jean-Marie Pottier rappelle ainsi que c’est son nationalisme féroce, et lui seul, qui a conduit la presse musicale anglaise, fréquemment citée, à soutenir le mouvement (suivre les allées et venues de Blur ou Oasis, chouchous de ce capharnaüm médiatique, ne l’aurait peut-être pas permis). Mais il réhabilite également la britpop sur le plan artistique en montrant que ses hymnes, loin de surfer sur la "hype", prenaient racine dans la plus pure tradition pop britannique. La description qu’il fait du mouvement de balancier suivi, décennies après décennies, par les paroliers du cru, entre un réalisme social et la volonté de s’en échapper, est d’ailleurs très instructive. L’angle adopté permet également de balayer tout le contexte politique au centre duquel se situe la formation de Sheffield. Ni biographie monomaniaque, ni panorama lointain, ‘Brit Pulp’ oscille de l’un à l’autre sans jamais revenir sur ses pas, passant d’un instantané de la vie électorale britannique (le jeunisme trompeur du New Labour est démantelé) à la mise en parallèle troublante - mais tout à fait juste - des bons résultats de l’équipe de foot anglaise avec ceux des artistes locaux ! Ce genre de détail en atteste : ‘Brit Pulp’ ne se contente pas de survoler une époque, il la saisit de l’intérieur.
Julien Demets

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(juin 2009)

 

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(9 mai 2009)

Vingt-cinq années de carrière (même si le grand public ne connaît généralement que les années de gloire du milieu des années quatre-vingt-dix), cela méritait un ouvrage plein de détails et de louanges, d’anecdotes et d’explications de texte. Successivement “[…] post-punk, puis acoustique, puis acid-house, puis britpop, puis “adulte”, marginal avant d’être central, commercial et intransigeant.”, le groupe de Jarvis Cocker, entre ses débuts laborieux, son apogée magnifique et sa fin de carrière désabusée, a marqué l’histoire du rock britannique, autant qu’il s’en est inspiré. La musique de Pulp, son rapport à la société et ses convictions politiques sont intimement liés et Jean-Marie Pottier, en fan évidemment (d’où le ton un peu péremptoire parfois et les avis tranchés, quelquefois discutables), en fait un livre précis et fort bien documenté, qui mêle récit, chronique et analyse. Des tentatives de récupération politique des années Blair au succès immense de “Common People”, en passant par les débuts confidentiels, le parcours du groupe et de son leader attachant est décrypté et remis en contexte, sans tomber dans le voyeurisme ni le dithyrambique. Instructif et souvent passionnant, pour aborder, par l’exemple, un genre d’apparence frivole et superficiel mais aux racines complexes et réfléchies.

Julien (http://www.rockmydays.com/?p=1150)

 

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Sommaire de
"Brit Pulp"

 

Brit Pulp par Hervé Bourhis
Prologue

1. La grande illusion
Sheffield, années punk – L’heure Peel, le succès en retard – Il était trois fois la révolution – So you (don’t) wanna be a rock’n’roll star – Les filles et les chiens – Disco 1989

2. Renaissance d’une nation
La sensation de la semaine – À l’ombre des jeunes grou-pes en fleurs – I’m so bored with the U.S.A. – « Scène polyester » et « nouvelle nouvelle vague » – Une certaine tendance de la pop anglaise – Chanter dans son arbre gé-néalogique – Beaux, oui, comme Bowie – Drapés dans le drapeau – Success is the best revenge

3. Des gens (pas) comme les autres
Don’t look back in Thatcher – La société sans classes n’existe pas – Une rencontre à Saint Martin’s College – Le karma de l’instant – Les contes de Glastonbury – Une gui-tare et un ballon – The drugs don’t work – Le « Cocker-gate » – Un héros national – L’artiste et ses doubles

4. Testaments à l’anglaise
« Things can only get better » – Cocaïne et récupération – Un tract clandestin – Splendeurs et misères des courtisans – L’ivresse du pouvoir – Pavane pour un mouvement défunt – Retour à Sheffield

Épilogue
Annexes (discographie sélective, filmographie, bibliographie sélective, sites internet et chronologie)

Remerciements

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Lire un extrait
de "Brit Pulp"

 

3. Des gens (pas) comme les autres


« Maintenant mon disque est classé 11e par la BBC
Mais 7e par le NME
Le Melody Maker veut m’interviewer
Et me demander mon avis sur la politique
Et mes théories sur la religion »

The Kinks, Top of the Pops

        S’inscrire dans son époque, c’est bien ; la résumer, l’incarner, la transcender, c’est encore mieux. Avec le succès de HIS’N’HERS, Pulp cesse d’être un outsider, un exclu du grand rock’n’roll circus, mais il lui manque encore un hymne, une chanson capable de le faire entrer dans tous les foyers, chez les gens ordinaires. En VO, les Common People. C’est justement le titre du premier single enregistré après HIS’N’HERS. Sorti le 22 mai 1995, 300.000 exemplaires en sont vendus au total. Un chiffre impressionnant, mais d’autres disent encore mieux le passage de Pulp du public indie vers celui des ménagères de moins de cinquante ans : 70 000 exemplaires vendus la première semaine, et surtout une entrée directe à la deuxième place des charts, juste derrière une guimauve sirupeuse (la reprise du Unchained Melody des Righteous Brothers par deux comédiens de la série à succès Soldier, Soldier, Robson Green et Jerome Flynn) mais devant le Scream de Michael Jackson. Un triomphe assorti de médailles en chocolat : fin 1995, le Melody Maker sacre le morceau single de l’année ; en 2007, il s’établit troisième du classement, publié par le NME, des cinquante plus grands hymnes de l’histoire du rock indépendant (derrière Live Forever de Oasis et Smells Like Teen Spirit de Nirvana) ; le bedonnant Q, le mensuel rock des quadras britanniques, y voit lui une des cent meilleures chansons de tous les temps.
Au-delà de ces chiffres, restent quelques mots, ceux qui composent la définition du tube d’après Jarvis Cocker : selon lui, Common People est la chanson la plus simple qu’il ait jamais écrite, et appartient, finalement, au public davantage qu’à lui. Pas tout à fait, cependant : véritable mise en liquidation des années 80, ce titre constitue autant l’aboutissement d’un itinéraire collectif que d’un cheminement personnel. Le bilan d’années qui virent, pour l’Angleterre tout entière, le triomphe de Margaret Thatcher, pendant que Jarvis Cocker se débattait dans les ténèbres d’un quasi-anonymat.

Don’t look back in Thatcher

        Avant d’être un hymne, Common People est un manifeste, une chanson qui capte l’esprit de son époque – ce que les Britanniques appellent, en reprenant un mot de la philosophie allemande, le zeitgeist. Comme l’écrira, quelques années plus tard, une journaliste de The Observer, c’est une chanson « si parfaite – artistiquement, mélodiquement, sociologiquement – qu’elle devrait être distribuée à tous les jeunes des classes moyennes en même temps que le droit de vote » . Une chanson politique, donc. Mais quel type de chanson politique ? Pour le savoir, autant passer le micro à l’autre songwriter génial des années britpop, Luke Haines, des Auteurs, et à sa description des rapports de classe dans l’Angleterre du début des années 90 :
Certains de tes amis, dans ton autre vie,
Ne se sentent pas à leur place
Ils sont grossiers, ce n’est pas leur faute,
C’est dû au monde dont ils viennent
Et tu ne peux plus y retourner
À moins d’utiliser l’entrée de service
Un an après ce The Upper Classes narrant l’ascension d’un prolo dans la haute société, Common People inverse la perspective en adoptant le point de vue d’une gosse de riches fascinée par le peuple. Et s’inscrit elle aussi dans la riche tradition des chansons britanniques traitant de l’opposition des classes sociales – Dead-End Street des Kinks, Working-Class Hero de John Lennon, (I Don’t Wanna Go To) Chelsea d’Elvis Costello…– tout en rompant avec une autre tradition, celle des protest songs anti-thatchériennes des années 80.
En onze ans de pouvoir, la Dame de Fer était devenue une des inspirations essentielles de l’armée de réserve du capitalisme musical, occupée à composer des chansons entre le pub et l’agence du chômage locale. Un phénomène qui inspira le surnom de dole-queue rock… du moins jusqu’à ce que le nouveau gouvernement, un jour de 1983, vienne dire à cette jeunesse d’aller se trouver un vrai boulot en introduisant le Youth Training Scheme, un plan conçu pour empêcher les lycéens de passer directement de l’école aux allocations chômage. Auparavant, au tout début du punk, faire du rock, sinon un métier, du moins une passion rémunérée, était assez aisé. « Se consacrer à la musique voulait dire devenir chômeur, ce qui était assez facile à l’époque », souligne un jour Jarvis Cocker dans une tirade mi-paresseuse, mi-dickensienne. « Vous vous retrouviez marginal, pas véritablement intégré à la société ; de toute façon, je n’en avais pas envie. C’était donc une belle désillusion, quand vous étiez adolescent, de vous entendre dire par Margaret Thatcher : “Bon, vous vous êtes assez amusés”. »
Face à cette nouvelle donne, le songwriting politique anglais oscille, à partir de 1979, entre deux directions. À sa gauche, la chanson-discours, le croquis social ; à son extrême-gauche, la chanson-tract, l’attaque individuelle. C’est durant le premier mandat de la « Dame de Fer » que les morceaux politiquement et sociologiquement (et musicalement, accessoirement…) les plus fins sur le thatchérisme et ses effets sur la Grande-Bretagne sont composés, comme si, à ce moment-là, la scène rock attaquait davantage l’idéologie montante que la personne du Premier ministre. De 1980 à 1982, trois singles très politiques se propulsent à la première place des classements, comme s’ils étaient expédiés, tels des missiles vengeurs, vers le programme et l’idéologie tory.
En 1980, Going Underground des Jam est ainsi le premier simple à devenir directement numéro un des ventes depuis sept ans et le Cum On Feel The Noize de Slade. Le chanteur du groupe, Paul Weller, qui déclarait par provocation, trois ans auparavant, être prêt à voter conservateur, y gifle d’un trait cinglant le « Enrichissez-vous » décomplexé qui semble monter du programme des Tories :
Certaines personnes disent
Que ma vie se trouve dans une impasse
Mais je suis assez heureux de ce que j’ai
Certains disent
Que je devrais me battre pour obtenir plus
Mais je suis tellement heureux
Que je n’en vois pas l’intérêt
Deux ans plus tard, sur un tempo northern soul très influencé par les productions Tamla-Motown (le You Can’t Hurry Love des Supremes notamment), les mêmes Jam récidivent sur le mode mélancolique, le temps d’une description de l’Angleterre urbaine, Town Called Malice :
Lutte après lutte, année après année
L’atmosphère se couvre d’une fine pellicule de glace
Je suis pratiquement gelé à mort
Dans cette ville surnommée cruauté
Un an plus tôt, au printemps 1981, quelques semaines à peine après les graves émeutes frappant des villes comme Leeds, Brixton ou Bristol, les Specials, groupe multiracial de Coventry, signés sur le label de revival ska Two-Tone, avaient déjà dressé le même portrait d’une Angleterre en décomposition. D’un pays dominé, non pas par des cités couvertes de glace, mais par d’immenses villes noyées dans le brouillard, hantées de chœurs fantômatiques et grinçants (Ghost Town) :
Cette ville devient une ville fantôme
Pourquoi les jeunes doivent-ils se battre entre eux ?
Le gouvernement les laisse de côté
Cet endroit devient une ville fantôme
Plus d’emplois dans ce pays
Cela ne peut plus continuer
La colère gagne le peuple
Derrière, rideau – du moins en ce qui concerne la critique du thatchérisme au sommet des charts. Les années sui-vantes voient aussi éclore des chansons politiquement très fortes, mais qui ne connaissent pas le même succès. Symboliquement, Shipbulding, titre composé en 1982 sur la guerre des Malouines par Elvis Costello pour le lunaire Robert Wyatt, militant de toujours du CPGB, le parti communiste britannique, n’atteint ainsi que la 36e place. Victorieuse des Argentins, Thatcher, qui avait vécu un difficile début de mandat, remporte très largement les législatives du printemps 1983 et rempile pour un deuxième mandat. Le découragement guette, la colère aussi, tous deux bien décrits par le groupe Hefner sur le morceau The Day That Thatcher Dies (« Le jour où Thatcher mourra ») : « En 1979, j’étais aveugle. En 1982, j’avais des indices. En 1986, j’étais fou de rage. » Les peintures fines de la société britannique laissent de plus en plus place à des attaques ad hominem. La Dame de fer devient une bête noire, passée au goudron et aux plumes jusque de l’autre côté de la Manche, où Renaud assassine Miss Maggie : « Y’a pas de gonzesse hooligan, imbécile et meurtrière/Y’en a pas même en Grande-Bretagne, à part bien sûr Madame Thatcher ». L’ennemi est identifié, personnalisé, individualisé, les musiciens attaquant avec hargne celle qui, comme l’explique, sans trop de finesse, un groupe écossais, les Blow Monkeys, « n’est après tout qu’une fille d’épicier » (SHE WAS ONLY A GROCER’S DAUGHTER, titre d’un disque publié en 1987). Les antisociaux perdent leur sang-froid : en juin 1984, quatre mois avant que l’IRA ne tente de tuer Thatcher en faisant exploser une bombe au Great Hotel de Brighton (cinq morts), Morrissey expose aux Américains de Rolling Stone une solution radicale aux problèmes politiques de la Grande-Bretagne :
« Je pense que nous ne devons pas baisser les bras et pleurer. C’est juste un être humain, qui peut être détruit. Je prie juste pour qu’il existe un Sirhan Sirhan quelque part. C’est la seule solution pour ce pays en ce moment. »

Quatre ans plus tard, le chanteur des Smiths, tout juste séparés, passe aux travaux pratiques en musique et suggère une solution bien française à ce problème anglais (« Les gens bien font un rêve merveilleux/Margaret sur la guillotine » ). Ces mêmes années 80 voient également les anarchistes de Crass pointer le sang qui éclabousse les mains de la Dame de fer au retour de l’expédition des Malouines (How Does it Feel to be the Mother of Thousand Deads ?) ou les Fatima Mansions se moquer d’une de ses phrases culte selon laquelle « toute personne prenant les transports publics après 30 ans devrait se considérer comme un raté » (Only Losers Take the Bus). Suivant l’adage hitchcockien selon lequel pire est le méchant, meilleur est le film, les musiciens britanniques, découragés par l’insuccès chronique de l’opposition travailliste, tentent alors de faire de bonnes chansons en s’attaquant à une bête noire plutôt qu’en démontant un système. Le message est simple, et peut se résumer en quelques titres, de Stand Down Margaret du Beat à She’ll Have To Go de Simply Red en passant par Celebrate (The Day After You) des Blow Monkeys : qu’elle parte ! Et la scène rock pourra enfin fêter le « jour d’après »…
Un petit jeu qui prend fin à l’automne 1990 : la popularité de Thatcher, alors au pouvoir depuis onze ans, s’effrite. L’introduction d’un impôt local par tête très contesté, la poll tax, provoque des manifestations monstres dans les rues de Londres et une désobéissance civile massive, et suscite la grogne chez certains ministres et députés conservateurs de base, les backbenchers indispensables à la survie du gouvernement. Affaiblie par la démission spectaculaire de son ministre d’État Geoffrey Howe et par la contestation d’un député qui lui dispute ouvertement la tête du parti, Michael Heseltine, Margaret Thatcher présente sa démission le 22 novembre 1990. La pop anglaise est orpheline de sa meilleure ennemie ; c’est alors que surviennent deux évènements, l’un politique, l’autre personnel, qui forment la trame de Common People.

© 2009, Autour du livre.

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Brit Pulp
Brit Pulp, la britpop selon Pulp de Thatcher à Blair (12€)



192 pages - paru le 13 mars 2009

12                EAN: 978-2916560-137

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