Cahier n°8
Qui a tué Elvis ?

Mort(s) d'un Roi

par Nikola Acin
illustration de David Scrima

Présentation - Le Mot de l'Auteur - Sommaire du livre

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Livre d'Or

 

16 août 1977. Il ne reste d’Elvis Presley qu’une dépouille à moitié nue, le visage noyé dans une mare de vomi, la bouche ouverte, la langue à moitié tranchée par sa mâchoire déjà rigide. Ainsi est mort un homme de quarante-deux ans qui a changé le monde, aussi démesuré dans l’indignité de son trépas que dans la flamboyance du destin qu’il s’était choisi. Vulgaire et gracieux, noble et médiocre, réactionnaire et innovateur, lubrique et pieux, Elvis fut tout pour tout le monde et, au final, rien pour lui-même. Alors que trente ans nous séparent désormais de la date de sa mort officielle, les questions hantent toujours les esprits : pourquoi Elvis est-il mort ? Et, directement ou indirectement, quelqu’un ou quelque chose l’a-t-il tué ? Car si tout le monde s’accorde à reconnaître que sa consommation proprement inimaginable de médicaments a eu raison de sa santé physique (et probablement mentale), ce constat n’est pas suffisant. Peut-être parce qu’on cherche toujours un coupable pour la mort d’un être aimé. Peut-être aussi parce qu’il y a des tas de façons de tuer un homme. Et la plus pernicieuse est de lui ôter le goût de la vie. Quiconque consultera l’un des innombrables recueils de souvenirs, biographies et livres théoriques comprendra vite à quel point l’existence d’Elvis a été pourrie par des choix malencontreux, des hésitations malheureuses, des veuleries coupables, des exploitations minables et des trahisons honteuses, depuis les turpitudes et les manipulations du Colonel Parker jusqu’aux bouffonneries de ses hommes de main, dont l’unique activité a été, durant un quart de siècle, d’obéir aux caprices de leur employeur. Et si, finalement, le King avait juste décidé de commettre « le plus lent suicide de tous les temps » ? S’il s’était laissé mourir, lentement, inconsciemment, incapable de vivre une existence normale, isolé dans la tour d’ivoire de Graceland où il régnait en monarque absolu, désespéré par le deuil de sa mère, jamais achevé, par le départ de son épouse Priscilla, par l’étourdissement mental du concert Aloha From Hawaii, par sa situation financière désastreuse après un nouveau coup bas du Colonel. Tel un antiportrait, Qui a tué Elvis ? dresse l’inventaire des « petites morts » successives de l’homme-Roi Elvis, avant qu’il ne renaisse en un mythe éternellement vivant.

Traducteur de livres et chroniqueur au magazine Rock & Folk, Nikola Acin a publié plusieurs articles de référence sur Elvis Presley, en témoignage de sa réelle et sincère passion pour le King et au terme de nombreuses recherches et enquêtes sur le terrain (notamment à Memphis et Tupelo). En outre, il est le chanteur, le parolier et le guitariste du groupe The Hellboys.

Nikola est décédé de façon soudaine le samedi 17 mai 2008 à l'âge de 34 ans.


144 pages - paru le 15 mars 2008

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Le Mot de l'Auteur

    Il y a des sujets sur lesquels on réfléchit, on s'intéresse et on se passionne. Et puis il y a les causes dans lesquelles on s'engage. Elvis Presley fait pour moi partie de la seconde catégorie. Aussi longtemps que je me souvienne, Elvis a fait partie de mon existence, mes parents avaient grandi à l’époque du début de son règne et avaient une préférence pour les disques de cette première période couvrant 1956 à 1960. Je n’ai donc jamais eu à apprendre qui était Elvis. En revanche, c’est en me plongeant dans l’œuvre et dans les biographies que j’ai découvert une immense richesse artistique et une complexité humaine à sa démesure.

    L’exploration de la vie et de l’œuvre d’Elvis m’ont surtout confirmé que ce n’était pas pour rien qu’on avait la certitude que c’était lui, la superstar du siècle, et personne d’autre. Qu’un concours de circonstances, une époque, un talent, une belle gueule, ça n’était pas suffisant et qu’il y avait autre chose. La mort transforme une vie en destin et ce sont les plus démesurés qui prennent, une fois l’accomplissement de leur deuil, un sens plus élevé. On touche ainsi avec Elvis à autre chose que la simple célébrité. Comme le changement climatique, aux causes multiples et vertigineuses mais au résultat observable et indéniable, la position particulière d’Elvis dans l’inconscient collectif insuffle à son parcours une prédestination quasi sacrée. C’est de ce matériau brut qu’autrefois on faisait les mythes. Depuis le début de la culture humaine, des individus particuliers, étrangers à leur propre milieu natal et dotés d’une foi inébranlable en eux-mêmes, ayant accompli leur chemin de conquête ou de désastre, deviennent post-mortem des héros surnaturels avec reliques, recueils de paroles, souvenirs d’exploits par les témoins et, bien entendu, l’exploitation commerciale de l’ensemble par les plus malins. Elvis est en cela la manifestation la plus récente et la plus tapageuse de ce phénomène.

    Et puis, soutenant tout ce fatras culturel, il y avait un petit bonhomme volontaire et courageux, qui aimait sa mère et chantait le blues comme personne, Elvis Aaron Presley. C’est de l’être humain qu’il a été que j’ai eu envie de parler dans ce livre, tout autant que du mythe qu’il est devenu. Et il me paraît certain que l’un ne peut être compris sans l’autre. L’intention était de dessiner un portrait en silhouette, à travers tous les gens qui l’ont entouré, encerclé, protégé et dévoré : Gladys, sa mère ; le Colonel Parker, son manager : Hollywood ; l’armée ; etc. Jusqu’à pousser l’enquête dans le miroir même de la salle de bains de Graceland et tenter de comprendre comment Elvis l’être humain a pu se laisser dévorer par Elvis le King. Pour ne finalement plus être que l’ombre de lui-même, avant finalement de rejoindre le royaume de ces mêmes ombres un après-midi du 16 août 1977.

    J’ai beaucoup écrit sur Elvis, notamment dans le journal Rock&Folk et je serai toujours reconnaissant à sa rédaction de m’avoir laissé tant de place pour m’exprimer sur le sujet. La dernière étape de ce livre, Qui A Tué Elvis ?, a eu lieu en juillet dernier lorsque le journal m’a envoyé visiter Memphis et Tupelo avec mon partenaire photographe Dimitri Coste. Un voyage qui a remis en question certaines parties du livre et amplement alimenté d’autres et surtout, un voyage au pays du rock’n’roll qui restera comme un précieux souvenir pour le restant de ma vie.

    Ce livre me tenait à cœur, j’avais besoin de l’écrire, non pas pour ne plus revenir sur le sujet, mais plutôt pour mettre noir sur blanc les conclusions et les réflexions auxquelles j’ai abouti jusqu’à présent. Il n’est pas là pour entrer en compétition avec les biographies qui existent mais plutôt comme l’expression d’une vue particulière, animée avant tout par un amour sincère. C’est même pour ça que je souhaite sincèrement et avant tout que, outre ces réflexions, ce livre donne envie à ses lecteurs d’écouter les disques d’Elvis Presley et se laisser gagner par cette voix et cette grâce unique.

    « Des talents pareils, il n’y en a qu’un par siècle » bougonnait un jour Frank Sinatra, « dommage qu’il soit tombé dans le mien ».

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Revue de presse
de "Qui a tué Elvis ?"

   
    
  

 


Denis Roulleau, in Dictionnaire raisonné de la littérature rock (Scali - Juin 2008)

"Comme tout bon rock-critique qui se respecte, Nikola Acin cultive ses obsessions, au nombre de deux : Joe Strummer des Clash [...] et Elvis, le King en personne, qu’il suit à la trace dans des articles fleuves, enquêtant aussi bien à Tupelo qu’à Graceland (R&F HS n°23, 2007). Son ouvrage, Qui a tué Elvis, paru aux Cahiers du Rock début 2008, est une érudite et jubilatoire réflexion sur le mythe Elvis, plus grand mort que vivant, qui développe un article déjà publié dans le n°421 de Rock & Folk (2002)."

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(31 mai 2008)


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Mouv session du 5 juin 2008 : écouter l'extrait (interview de Yarol Poupaud)

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Nikola Acin - Qui a tué elvis ?
Gabriel Segré - Elvis est vivant !

Presley, sa vie, son oeuvre, son mythe, ont généré une somme colossale d'exégèses plus ou moins complètes ou farfelues. Après la somme définitive de Peter Guralnick, mieux vaut arriver avec quelque chose d'original à dire ou un angle d'attaque singulier. Nikola Acin, déjà auteur d'articles sur le King pour Rock & Folk, s'en tire à bon compte. Comme une vision en négatif d'une glorieuse et tragique épopée, Qui a tué Elvis ? est une biographie synthétique habilement envisagée. Par chapitres thématiques, l'auteur y passe en revue la vie d'elvis comme une succession de renoncements, cicatrices jamais refermées, autant de morts symboliques obéissant à une implacable logique d'enfermement qui trouve sa conclusion dans une marre de vomi le 16 août 1977. Un angle de tir qui permet d'éviter une laborieuse construction chronologique mais pas les répétitions ou les raccrochages parfois un peu téléphonés à la problématique. Le travail de Gabriel Segré est d'une tout autre nature, d'une autre ampleur aussi. Maître de conférence en sociologie de la culture et anthropologie, l'auteur se place aux antipodes du style journalistique bouilonnant d'Acin. Dans ses bagages, une solide méthodologie (plan rigoureux, notes de bas de page), une écriture univeristaire un peu acad"mique mais d'une clarté remarquable, et surtout un sujet en or : la construction d'un mythe, l'élaboration d'un culte. Elvis est vivant ! est une lecture absolument passionnante, dissection méticuleuse et curieuse d'un phénomène sans équivalent, qui en dit long sur son temps et le notre. Rien ne semble échapper à Gabriel Segré qui envisage son sujet sous l'angle économique, sociologique, religieux, historique, et place son étude au coeur d'une problématique très contemporaine, dont chacun pourra reconnaître les avatars dans l'actualité : la construction d'une mémoire, d'un récit. L'image d'Elvis Presley en ressort encore plus impressionnante et monstrueuse que dans une biographie classique, agrégat fantastique et effrayant des névroses, fantasmes, manques, enthousiasmes et contradictions de notre époque.

Vincent Théval    ••••°°/•••••°

À l'heure du départ à l'impression, nous venons d'apprendre le décès tragique de Nikola Acin. Toutes nos condoléances à sa famille, à ses proches et à ses collègues de Rock & Folk.

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Peut-on mourir en restant vivant ? Les fantômes nous surviront-ils ? Combien d'années s'éternise-t-on quand on est mort ? C'est en gros les questions que pose Nikola Acin, respecté collègue rock&folkeux, dans son livre "Qui a tué Elvis ?", parce que yes, Elvis n'est pas mort pour tout le monde et que yes, de quoi est-il mort en fait ? Oh, on connaît bien la liste de médocs qu'il ingurgita avant de mourir pathétiquement sur ses toilettes mais était-il encore vivant ou n'était-il plus que l'ombre de lui-même et de toutes ses ambitions artistiques inachevées. ? Son coeur brisa-t-il son âme ? Bref panorama de la vie de Presley et vibrant plaidoyer pour la conservation des fantômes familiers, ce court ex-voto apporte dignement son petit caillou à l'immense work in progress sur les traces du King.

Agnès Léglise

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émission du dimanche 25 mai 2008 : écouter l'extrait (hommage à Nikola)
émission du dimanche 18 mai 2008 : écouter l'extrait
émission du dimanche 4 mai 2008 : écouter l'extrait


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Journaliste à "Rock & Folk", Nikola Acin s’intéresse à la biographie du chanteur, mais avec une grille de lecture : Elvis, qui a eu une fin digne du Roi Lear de Shakespeare, n’a-t-il pas cherché à commettre le plus lent suicide de tous le temps ? Ainsi, l’auteur cherche patiemment les indices des renoncements, des "petites morts" de l’artiste et de l’homme. Familier des enquêtes de terrain (il s’est déplacé à Tupelo et Memphis), Nikola Acin dissèque l’entourage du King, les lieux qu’il fréquente, sa vie sentimentale autant que professionnelle. Et pour David Scrima, qui illustre le livre, la réponse est toute trouvée : c’est quand il est devenu un produit dérivé que Presley est mort.
Jean-Marc Grosdemouge

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La collection "Les cahiers du rock" aux éditions Autour du livre continue de nous abreuver régulièrement en piochant régulièrement dans son armoire à thématiques rock. Belle idée que de fouiler comme ça les recoins d'une histoire riche bien que récente [...] Au tour du bon Elvis : maintes fois disséquée et passée au microscope, la mort du king ne cesse de noircir des tonnes et des tonnes de papier (mais oui, ne vous inquiétez pas, il vit encore, mais oui !). Nikola Acin a fort bien bossé sa copie et ajoute sa pierre à l'édifice déjà maousse costaud de la cause "Presley". Plus qu'un cahier, c'est carrément un ouvrage de fond sur la vie, l'oeuvre et la mort du roi du rock. Pas vraiment de scoop ou d'info supplémentaire à se mettre sous la dent, mai sune bonne nomenclature de cette vie bizarre qu'aura traversé Elvis. les fans et les mordus du truc n'apprendront certes pas grand chose de nouveau, mais le rocker basique avalera le bouquin comme un bon petit polar qui ne mange pas de pain. Après tout, cette icône du rock qui, aujourd'hui encore, reste l'un de splus gros vendeurs, plus de trente ans après sa mort, mérite bien cette dévotion.
Tony Grieco

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Sans tomber dans l'intellectualisme, la mièvrerie ou la psychanalyse de bas niveau, Nikola Acin s'approche au plus près de l'être humain qu' a été Elvis Presley et analyse les différentes morts morales et psychiques de l'artiste comme autant d'étapes qui ont conduit à sa mort physique en 1977. Une réflexion sincère et un point de vue intéressant sur la lente déchéance du King.



Sommaire de
"Qui a tué Elvis ?"

 

« No Fun in Acapulco » par David Scrima
Prologue

1. Gladys
2. Le Colonel
3. Hollywood
4. L'Armée
5. Priscilla
6. Le Président
7. Le king (1ère partie)
8. Le King (2ème partie)
9. Vernon
10. Nègre blanc
11. Le rêve
12. Tupelo
13. Graceland
14. L’élu
15. Le passage

Epilogue
Annexes
Remerciements

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Lire un extrait
de "Qui a tué Elvis ?"

 

Prologue

     Il fait froid. L’air conditionné baigne de son atmosphère glaciale la chambre drapée de velours noir dans laquelle les rayons du soleil ne pénètrent jamais, pas plus que l’implacable canicule qui règne en ce mois d’août. Il est une heure trente de l’après-midi et Ginger Alden se réveille d’un sommeil lourd, aidé par de puissants somnifères. Elle téléphone brièvement à sa mère depuis le lit avant de se lever tranquillement. Voyant la lumière allumée dans la salle de bains, elle se dirige vers la porte derrière laquelle se trouve l’homme dont elle partage la vie depuis quelques mois. Avec un léger tremblement d’inquiétude dans la voix, elle l’appelle.

     « Elvis ? Tu es là ? »

     Non, il n’est plus là. Memphis, 16 août 1977. Il ne reste d’Elvis Presley qu’une dépouille à moitié nue, le visage noyé dans une mare de vomi, la bouche ouverte, la langue à moitié tranchée par sa mâchoire déjà rigide. Ainsi est mort un homme de quarante-deux ans qui a changé le monde, aussi démesuré dans l’indignité de son trépas que dans la flamboyance du destin qu’il s’était choisi.

     Car le corps difforme et sans vie qui gît sur le carrelage n’est déjà plus celui du King. D’ailleurs l’avait-il jamais été ? Et si Elvis Presley, l’artiste le plus célèbre de son siècle, n’avait été qu’une sorte de golem, une créature invoquée, conçue et déifiée par une époque en mal de mythe ? L’atroce conclusion de deux guerres mondiales, l’abomination de l’holocauste et la menace de la destruction finale par la fission de l’atome avaient balisé la première moitié du vingtième siècle comme autant d’arrêts d’un train menant directement l’humanité à sa perte. L’Homme avait repoussé les frontières de la cruauté avec l’horreur nazie et découvert le moyen de détruire l’essence même de la matière avec l’arme nucléaire. L’avenir de l’humanité n’avait jamais paru si sombre qu’en ces années d’après-guerre, durant lesquelles l’occident vivait un rêve futuriste où la dictature de l’optimisme avait un goût de mensonge. Alors, confusément, l’époque a appelé à l’existence d’un libérateur sur lequel projeter ses rêves et Elvis est apparu.

     La fascinante multiplicité de la figure culturelle d’Elvis Presley a contribué à sa gloire, mais elle a aussi noyé l’être humain et l’artiste sous un fatras de fantasmes et d’imagerie kitsch. Qu’on le prenne dans un sens ou dans l’autre, on peut lui trouver toutes les qualités et tous les défauts. Vulgaire et gracieux, noble et médiocre, réactionnaire et innovateur, lubrique et pieux, Elvis fut tout pour tout le monde et, au final, rien pour lui-même. Jamais on ne se préoccupa de ses aspirations artistiques, sauf durant de brèves périodes de studio ou sur scène où, tel un de ces animaux en cage si chers au Colonel Parker, on le laissait exprimer son talent durant un tour de piste avant de lui remettre les fers aux pieds.

     Quand celui qui fut le King laisse partir son dernier souffle, un doute se met à planer. Elvis a-t-il vraiment existé ou fut-il un produit de notre imagination, une page blanche sur laquelle tous nos fantasmes collectifs se sont projetés et se projettent encore ? Et s’il n’a existé que dans nos imaginations, peut-il mourir ? Tel un Lazare banané, le voilà qui surgit régulièrement ici et là comme une icône à la fois culturelle et quasi-religieuse, une figure symbolique à multiples usages et un pictogramme instantanément reconnaissable, à l’instar de Mickey Mouse ou Superman, infiniment réutilisé. Alors que trente ans nous séparent désormais de la date de sa mort officielle, les questions hantent les esprits : pourquoi Elvis est-il mort ? Et directement ou indirectement, quelqu’un ou quelque chose l’a-t-il tué ?

     Car si tout le monde s’accorde à reconnaître que la consommation proprement inimaginable de médicaments en tous genres a eu raison de la santé physique (et probablement mentale) d’Elvis, et que son corps l’a tout simplement abandonné ce 16 août 1977, deux jours et dix-neuf ans après la mort de sa mère, ce constat n’est pas suffisant. Peut-être parce qu’on cherche toujours un coupable pour la mort d’un être aimé, l’explication de l’arrêt cardiaque, de l’overdose ou du simple délabrement physique ne convainc pas grand monde. Peut-être aussi parce qu’il y a des tas de façons de tuer un homme. Et la plus pernicieuse est de lui ôter le goût de la vie. Quiconque consultera l’un des innombrables recueils de souvenirs, biographies et livres théoriques comprendra vite à quel point l’existence d’Elvis a été pourrie par des choix malencontreux, des hésitations malheureuses, des veuleries coupables, des exploitations minables et des trahisons honteuses. Depuis les turpitudes et les manipulations du Colonel Parker, son second Pygmalion après Sam Phillips, jusqu’aux bouffonneries de ses hommes de main, garde rapprochée dont l’unique activité a été, durant un quart de siècle, d’obéir au doigt et à l’œil à leur employeur, en passant par les médecins douteux, Elvis s’est entouré d’une foule d’individus qui dépendaient de lui pour vivre et qui l’ont dévoré.

     Et si le King avait décidé de commettre ce que son garde du corps Red West a appelé « le plus lent suicide de tous les temps », en se laissant progressivement mourir ? S’il s’était laissé mourir, lentement, inconsciemment, enfermé dans Graceland, incapable de vivre une existence normale et jouissant comme un pacha d’une opulence exorbitante ? Les raisons de ce désespoir sont foison : son isolement dans une tour d’ivoire où il régnait en monarque absolu ; le deuil de sa mère, jamais achevé ; sa dépression irrémédiable lors du départ de son épouse Priscilla ; l’étourdissement mental qu’a représenté le concert « Aloha From Hawaii » ; son détachement de la réalité et son addiction aux substituts de morphine qui ont fait de lui un toxicomane de la pire espèce, celle qui nie sa dépendance ; sa situation financière désastreuse après un nouveau coup bas du Colonel. Tout ceci aurait mené le plus fort des hommes vers la mort, voulue ou non. Et Elvis était loin d’être le plus fort des hommes. Ce jour-là, son corps n’a fait qu’abandonner une lutte déjà perdue sous l’acharnement de son propriétaire à le faire plier. Les plus proches d’Elvis Presley, sans nier le désespoir qui le rongeait, sont convaincus que s’il avait voulu se suicider, sa vanité l’aurait poussé à donner à l’acte un peu plus de décorum. Mourir à moitié nu devant ses toilettes, recroquevillé sur lui-même dans une mare de vomi et de merde, non, ça ne lui ressemblait pas.

     Les choix qui ont élevé Elvis au-dessus du reste des hommes sont également ceux qui lui ont brisé l’âme au-delà de toute réparation. Comme chez tout un chacun, le chagrin, la joie, l’exaltation, la méchanceté, la bassesse, la générosité, la grandeur d’âme, la tentation et la rédemption sont présents chez Elvis. Sans doute dans de plus grandes proportions qu’ailleurs, il est vrai. C’est même en cela qu’il mérite qu’on se consacre à lui plutôt qu’à d’autres. Mais il n’en fut pas moins un homme ordinaire pour autant. Blancs pauvres du Sud, les Presley cumulaient les offenses à la modernité affichée d’une Amérique faisant du vingtième siècle son domaine exclusif. Et pourtant, dès l’instant de son apparition, Elvis hurle à la face du monde sa modernité à lui, l’arrogance de sa maîtrise d’une époque qui vient à peine d’éclore et dont il se déclare déjà le patron. C’est visible, manifeste, évident, dès ses premières apparitions télévisées dans l’émission des frères Dorsey : tous les gens qui l’entourent ont l’air de sortir de films muets, seul Elvis a l’air naturel, spontané, vrai. En un mot, vivant.

     Peut-être que c’était ça, sa différence : Elvis était plus vivant que les autres.

     En découvrant Elvis sans vie, la langue à moitié tranchée par sa mâchoire désormais rigide, le visage déjà bleuté, Ginger Alden pousse un cri effroyable. En quelques instants, Graceland est traversé par un frisson de panique. Pour le Q.G. du King comme pour le reste de la planète, les choses venaient de changer pour toujours.

     Elvis Presley était mort.

© 2008, Autour du livre.

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Qui a tué
Elvis ?

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144 pages - paru le 15 mars 2008

12                        EAN: 978-2916560-076

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