par Gilles Poussin



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Virée de son job de photographe au Télégramme breton, la jeune et impétueuse Alice Dégaden est embauchée comme roadie sur la tournée du groupe de rock de Dominique Vraite, « Dom V et ses Trois Cylindres ». Mais pour ces vétérans sur le retour, désireux de reconquérir un peu de leur gloire passée, ces concerts de la dernière chance à travers l’Hexagone se transforment vite en randonnée macabre, en come-back funèbre. À chaque étape, la mort rôde dans le backstage et fait une nouvelle victime. Découvrant les coulisses de la vie sur la route, Alice Dégaden mène l’enquête et apprend vite à se méfier de tous : musiciens à l’ego boursouflé, manageuse retord, techniciens serviles, journalistes véreux… De Saint-Denis à Pagney-derrière-Barine, près de Toul, ce « road polar » rock utilise avec bonheur les codes du genre (sexe, drogue, rock’n’roll mais aussi humour, violence, ambition, jalousie…) et explore la touchante humanité de ces forçats du binaire accrochés à leur rêve de succès. Bien entendu, toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé… pourrait bien ne pas être complètement fortuite…Gilles Poussin

Bassiste dans différentes formations, Gilles Poussin connaît bien le milieu musical des petites salles et des bars autrefois enfumés. Scénariste, chroniqueur et historien de la BD, c’est à Besançon qu’il a aujourd’hui posé sa Rickenbacker 4001.

Gilles Poussin sur acebook

160 pages - paru le 6 septembre 2011 - 12 €
ISBN : 978-2916560-243
(Autour du livre / Coll.Récits Rock)


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Le Mot de l'auteur

    “Pendant des années, j’ai cherché une histoire solide pour mon premier roman, mais l’inspiration me faisait défaut ou alors je me désintéressais de l’idée au bout de quelques lignes. Certes, j’avais déjà écrit et publié quelques nouvelles et Marc Villard, avec qui j’avais sympathisé, m’encourageait affectueusement à passer à la vitesse supérieure. Il me fallut attendre le printemps 2009 pour enfin dénicher l’histoire que j’avais envie de raconter. Au salon "Livres et Musiques" de Deauville, je croisai la route de Serguei Dounovetz, auteur de polar, venant, comme moi, de l’univers du rock. Nous avons passé une grande partie du temps à bavarder longuement, à nous raconter nos vies, le long de la plage bordée de cabines de bain affublées de noms d’illustres acteurs ou au bar du Régine’Club en buvant des bières à des tarifs prohibitifs. Il me refila amicalement sa manière de procéder en écriture avec quelques précieux conseils. Après avoir bien macéré toute cette discussion, le dimanche matin, j’eus soudain une révélation : la tournée, que j’avais effectuée avec Link Wray en 1993-1994, servirait de socle à mon roman. À partir de là, je partis totalement en fantaisie (au sens français du terme), mélangeant allègrement personnes existantes et invention pure. Je me suis bien amusé à l’écrire, j’espère que vous prendrez autant de plaisir à le lire.”

Gilles Poussin

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Prologue


     Ramdam roulait comme un dingue. D’ailleurs, on peut dire sans se tromper qu’il était un peu dingue, et rapiat comme pas deux, ce qui n’arrangeait rien. Scotché au volant de l’estafette aménagée, il poussait des grognements joyeux à chaque sortie de virage. Pour lui, ne pas se planter était visiblement toujours une heureuse surprise, une source de contentement infini qu’il entendait clairement exprimer, même de maniè-re rudimentaire. Ses yeux vert olive brillaient d’excitation et sa grosse bouche s’entrouvrait, découvrant une dentition irrégulière, érodée et noircie par l’abus de tabac.
     Le groupe était en retard pour la balance et le Djé, tourneur professionnel, quinze ans de métier, grand gaillard à queue de cheval de un mètre quatre-vingts, aboyait que ça commençait très fort, qu’il savait que c’était un plan pourri et qu’il n’aurait jamais dû accepter de bosser avec une bande de branques pareils.
     C’était son refrain habituel, une scie qu’il adaptait et peaufinait avec chaque artiste qu’il accompagnait. Il ne se lassait pas de radoter ce chapelet de reproches, il était connu pour ça, il fatiguait tout le monde, mais son grand cœur, sa cordialité et sa rigueur intellectuelle rattrapaient son humeur de sanglier mal léché. Finalement, les gens l’aimaient bien.
     Dans une autre vie, il aurait voulu travailler avec AC/DC ou Bob Dylan, des pointures de ce calibre-là, mais sa pratique très approximative de l’anglais et ses goûts musicaux éloignés de la chansonnette française avaient réduit à néant ses prétentions, le condamnant aux artistes de la marge, francophones et surtout hexagonaux. Ici, en plus, il avait droit à un cheval sur le retour qu’il fallait vendre aux organisateurs comme un pur-sang fringant de première catégorie, bonjour le boulot de marchand de tapis ! Enfin, huit dates, même scindées en deux parties, dont une aux Chaises Musicales de Rennes, ce n’était pas si mal, et les cachets étaient corrects pour un bourrin comme Dom V…
     Il se disait qu’un jour prochain, il allait raccrocher, lâcher tout ce cirque ; location de matériel et petit magasin au centre-ville, ça serait moins crevant que de se coltiner des bornes et des bornes pour queue de chique, avec des analphabètes prétentieux qui disparaissaient du circuit aussi vite qu’ils avaient déboulé. C’était usant à force, recommencer à chaque fois à faire semblant d’y croire. Il prenait de l’âge et sa femme s’était barrée depuis longtemps, le gamin sous le bras et une pension alimentaire en guise de cadeau d’adieu. Il se voyait vieillir seul et ça ne lui plaisait pas des masses.
     Les autres, derrière, se morfondaient en grelottant. On était début décembre et l’hiver avait déjà remplacé l’automne avec une température normale en Alaska. Le chauffage était défectueux dans l’estafette ; les musiciens étaient certes habitués aux conditions spartiates des artistes sans gloire sur la route, mais cela n’empêchait pas leur épiderme de frissonner quand l’air du dehors se glissait entre eux, comme un boa glacial et silencieux, venant réveiller leurs sens usés par le manque de sommeil et la mauvaise bouffe quo-tidienne : conserves, pizzas et kebab.
     Ils étaient les soldats inconnus du rock’n’roll, abon-nés aux vaches maigres, membres du gros de la troupe qui sillonnait les routes depuis des années, inconnus du grand public. Mercenaires soniques dans les studios d’enregistrement pour les plus chanceux, toute cette bande de grognards électriques était surtout bien incapable de récupérer le tramway de la normalité, trop tard, déjà trop vieux, ils n’auraient pas tenu une heure avec un chef de service sur le râble.
     Le chanteur-guitariste, Dominique Vraite, alias Dom V pour les aficionados du rock français, se serrait contre sa loute, Gloria Begman, une Norvégienne récupérée à Niort, qui s’était balancée manageuse sans que personne n’y trouve rien à redire. Elle avait des arguments visibles pour ça.
     Nicolas Palmier, Nick Palmier sur les affiches, of-ficiait à la seconde guitare et aux enluminures sono-res ; dans la situation actuelle, les yeux ronds comme des toupies, il fixait la route sans dire un traître mot. On sentait le petit nerveux prêt à dégoupiller à la moindre remarque désagréable.
     Les deux derniers de la troupe, Goumi, bassiste en exercice et à l’essai, et Kanif, batteur d’origine tamoule, étaient absents des affiches, mais ils s’en tamponnaient le coquillard et papotaient en gloussant comme de jeunes donzelles émoustillées ; ils avaient fini la barrette de shit et les effets de la fumette les rendaient guillerets, leur faisant oublier la température, la tôle froide et les brusques coups de volant de l’ami Ramdam.

     – Alors, les gars ? On ne s’en fait pas ? Vous vous prenez pour les Rolling Stones, sans doute ? Va falloir mettre le turbo et accélérer la cadence, les amis, j’ouvre les portes à huit heures tapantes, moi, que vous soyez prêts ou non !
     Albert, le gentil organisateur de Saint-Denis savait parler aux merdeux qui se la jouaient rock stars. Vingt-cinq ans qu’il recevait dans sa maison de quartier, alors, « Dom V et ses Trois Cylindres », pas de soucis, ils allaient filer doux et éviter de lui casser les burnes à défaut des oreilles.
     Un groupe qui ne dépassait pas les cent mille exemplaires certifiés et qui arrivait avec deux heures de retard, c’était pour lui des « amateurs » qui n’iraient pas bien loin ; il ne voyait passer que ce genre de zozos dans sa taule, donc, inutile de leur parler avec du miel dans la bouche, autant qu’ils comprennent rapidement que leur avenir se profilait du côté du rayon bricolage du BHV plutôt que sur les plateaux de Canal + ou de Taratata.
     Tandis que les musiciens s’affairaient à décharger le matériel, que le sonorisateur pouvait enfin envisager de régler ses boutons et l’éclairagiste de fixer ses quatre spots, le Djé, Gloria et Albert causaient pognon.
     – Non, non, non, vous n’avez pas respecté le contrat, vous avez vu l’heure ? Je vous enlève dix pour cent, rien à faire !
     – Allez, Albert, ne fais pas ta vache, répliqua le Djé, tu sais bien que Dom va remplir ta cambuse sans problèmes, il a un nouveau groupe, un nouveau titre qui tourne en radio et un album qui va sortir… C’est son grand retour, tous ses fans de la banlieue et de la capitale vont rappliquer, tu verrais le monde qui est ami avec lui sur Facebook…
     – Sans compter qu’il passe en rotation lourde sur Radio Libertaire depuis une semaine ! ajouta Gloria en se cabrant sur ses talons, incitant le grincheux à plus de compassion.
     – Mouais, Facebook, c’est le miroir aux alouettes, ce truc, et la radio des anars, on la capte même pas ici, alors… Bon, c’est bien parce que je te connais, Djé, mais tes gars, à huit heures, je les veux dans les loges et la balance terminée, d’accord ? Euh… Gloria, tu peux venir avec moi cinq minutes au bureau, il faut qu’on règle les papiers de la Sacem…
     Le Djé regarda le vieux soixante-huitard se diriger vers le fond de la salle en compagnie de Gloria, roulant du popotin comme à l’accoutumée, ouf, l’affaire était arrangée, il ne pensait pas les revoir avant une demi-heure.
Dom V s’accordait sur scène, faisant mine de ne rien voir mais il n’avait pas perdu une miette de la conversation et sa main droite qui pinçait le médiator tremblait sans aucun contrôle.

     – Pas besoin de mouliner avec ta langue, c’était moi qui étais prévu sur ce coup-là, Goumi ! Tu m’as piqué la place !
     Le type dans les loges qui parlait, appuyant lour-dement son épaule contre le mur pisseux, une Kro à demi entamée dans la main, était un grand rougeaud avec un iroquois coloré noir pétrole et des Doc assorties et bien cirées. Il semblait déjà passablement ivre. De l’autre côté de la cloison, on entendait la rumeur de la foule qui commençait à remplir la salle. Les autres croquaient dans leurs sandwichs, riant aux éclats des conneries de Ramdam, toujours fidèle à sa réputation de raconteur d’histoires grivoises. La table était remplie de bouteilles vides et de papiers gras divers.
     – Arrête avec ça, Bobby, tu sais bien que Dom ne voulait plus de toi après la dernière tournée.
     – C’est la salope de Viking qui l’a remonté contre moi, mais, lui, il ne m’a jamais rien dit… Jamais rien… Tiens… Passe-moi une clope, je vais aller m’en griller une dehors, ça me calmera…
Bobby avait une diction traînante et des fins de phrases en chute libre. Tandis que Goumi lui donnait une cigarette, il se pencha vers lui, l’index tendu et les yeux plissés.
     – J’irai voir Dom après le concert… et désolé, mon p’tit gars, les autres dates… C’est moi qui les ferai ! Eh ouais…

     Une fois Bobby sorti, Gloria s’approcha de Goumi, elle avait son regard mauvais des coups tordus à deux euros.
     – Il voulait quoi, Bob l’éponge ?
     – Rien, rien, Gloria, juste il a un peu les boules de ne pas être de la tournée, cette fois-ci. J’ai beau lui expliquer…
     Gloria le coupa net.
     – Bourré sur scène, c’était déjà pas terrible, mais quand il a essayé de me coincer dans le couloir le dernier soir à Grenoble, il a signé son arrêt de mort. Je ne lui pardonnerai jamais. Pour qui me prend-il ? Il n’est pas près de remettre les pieds dans le groupe, celui-là ! Dom est un artiste qui a besoin d’être entouré de professionnels et qui savent se tenir.
     Elle avait opté pour le ton et l’attitude offusquée de la mère maquerelle un peu bourgeoise, ce qui amusa Goumi, la connaissant moins farouche dans d’autres circonstances…
     – Bon, c’est pas le tout, Gloria, moi, je vais aller accorder ma Ricken, Nick a une oreille tellement fine qu’il entend le moindre bémol ou dièse défaillant, et tu connais son bon caractère…

     Le concert démarra très fort, Dom V cramant son ampli au premier accord. Le temps de le remplacer, il fallut ramer un peu en faisant tourner un instrumental avec Nick aux commandes, avant de remonter la pente et d’agiter les premiers rangs. Au final, au bout d’une heure et demie d’effort et de sueur, ils eurent droit à deux rappels et un public aux anges. La partie était gagnée.
     Dans les loges, les musiciens et le staff nageaient dans le bonheur. Même Albert souriait, l’air bienveillant. La recette du bar avait été à la hauteur de ses espérances, cela suffisait pour lui redonner un moral en acier trempé et un semblant de sympathie pour les vedettes du jour.
     Mais Dom V, en son for intérieur, malgré la bon-ne ambiance environnante, se rongeait les sangs. Il avait aperçu Bobby et compris que le bassiste ivrogne n’allait pas le lâcher comme ça, il s’attendait à le voir débarquer, rancunier et vindicatif, comme il savait si bien l’être, réclamant la place qui lui était due.
     C’est vrai qu’il était largement meilleur que Goumi, il n’y avait pas photo, mais il était ingérable en tournée, et Gloria l’avait pris en grippe, un argument fatal, c’était râpé pour lui. Bizarrement, il tardait à se manifester, et cette attente avait pour effet de mettre Dom V sur le grill.

     – Dis donc, l’autre zouave, il ne s’est pas repointé ? demanda Dom V, faussement détaché, à Goumi. Le bassiste remarqua qu’il avait les yeux qui brillaient en parlant, il avait dû goûter, comme d’habitude, à sa poudre de perlimpinpin entre les deux rappels et depuis sa sortie de scène.
     – Tu sais, Dom, tu devrais lui parler, il n’est pas bien avec ça. C’est lourdingue comme situation.
     – Quand il sera plus sobre, j’aviserai… Mais, ce n’est pas dans ton intérêt, tu ne crois pas ?
     Dom V ne semblait pas au courant de l’épisode avec Gloria. Goumi regarda le bout de ses Santiags, comme fixé sur un souvenir lointain.
     – On a grandi dans la même cité et…
     Il n’eut pas le temps de finir sa phrase, Ramdam entra à la volée.
     – Putain, les mecs, on vient de retrouver Bob l’éponge derrière les poubelles, il a le crâne fracassé et ce n’est pas beau à voir !

© 2011, Autour du livre.

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160 pages - paru le 6 septembre 2011

12                        EAN: 978-2916560-243

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